Théâtre: L’Éveil de Sycorax

(Anglais ci-dessous – English below: The Awakening of Sycorax)

Ce monologue était une commande de la Great Canadian Theatre Company, un des dix monologues de l’événement 10 x 10 présenté au Centre National des Arts à Ottawa en avril 1998. Le thème devait refléter la pensée de Virginia Woolf: et si Shakespeare avait une soeur? (Qu’écrirait-elle…)

Sycorax est sorcière, mère défunte de Caliban et  jadis maîtresse de l’île où fut naufragé Prospero, duc de Milan, selon La Tempête de William Shakespeare.  Le vacarme de la tempête invoquée par Prospero a provoqué l’apparition du fantôme de Sycorax.

Le décor est une clairière. où on voit une table rustique, quelques chaises et une étagère primitive, le tout débordant de livres.  Un des livres est ouvert sur la table.  C’est l’automne.

Sycorax entre en scène, les vêtements déchiquetés et couverts de mousse, de petites branches, de feuilles mortes. Elle titube légèrement. Elle marche à l’aide d’un bâton, une longue branche noueuse dont elle se servira tout au long du monologue. Elle soupire bruyamment.

Bon ! Une tempête à réveiller les mortes ! C’est réussi. J’dormais tranquille, pourtant. Et pis, avec tout c’que j’vois autour de moi, j’aimerais mieux retourner m’coucher dans mon cercueil !

Elle secoue la tête.

Les insultes que Prospero lance à mon sujet ! J’avais ben l’droit d’avoir des rides, à l’âge que j’avais. Ça m’donnait du caractère.  «Sycorax, la maudite sorcière»?? On m’trouve ben horrible, hein ? Comme si ce Prospero-là faisait pas toutte à sa tête, de son côté ! (Elle imite la voix d’un homme): «Écoute-moi ! Tu m’entends ? Va chercher du bois tout de suite – ou j’te donnerai des crampes !»

Elle jette un coup d’oeil autour d’elle et esquisse une grimace en voyant les livres  partout sur la table, les chaises et le sol. Elle se penche, en ramasse  quelques-uns et les range avec soin sur l’étagère, tout en continuant son monologue.

À part de ça, y laisse traîner ses livres partout, depuis qu’y est arrivé ici comme un ch’veu sur la soupe !  Ça m’choque assez. Y a pas d’respect ! Quand j’étais en vie, c’était propre ici. C’est-ti d’ma faute ou celle de Caliban, si le vent a déposé Môssieur le duc de Milan chez nous ? Après ça, y veut tout contrôler ! Y veut que sa fille soit reine de Naples, y veut se venger de son frère qui a volé son duché, y se sert d’Ariel – un esprit que j’ai conjuré la première – comme d’un torchon magique pour tout faire à sa place… Et on m’accuse d’être la tête forte, moi ?

Elle se redresse et s’appuie sur son bâton.

C’est l’temps de raconter mon histoire à moi – la vraie! Mais voilà qu’on ne m’entend pas. On ne m’voit pas, non plus. Chus invisible ! Jusse un fantôme. On peut ben dire tout c’qu’on veut maintenant! J’n’ai plus les pouvoirs que j’avais. Ah, les grands pouvoirs ! Faut croire que j’étais pas n’importe qui !

Sycorax marche de long en large sur la scène.

Par Sétébos! Qu’est-ce qu’on a fait de mon île? Mon île à moi! Caliban, Caliban, tu as donc été trompé par Prospero.

Elle s’arrête et se met la main sur la hanche.

Et lui, Prospero, y s’plaint que mon fils a mauvais caractère ! Évidemment, c’est toutte de ma faute, ça. La mère damnée! Je l’ai mal élevé, qu’on dit! Son père, lui? Pas responsable, évidemment! Pensez-vous qu’c’était facile d’être une sorcière célibataire? Changer les couches du bébé tout en commandant en  la lune et les marées! À cause de ça, les esprits ne m’ont pas prise au sérieux. Y a fallu que j’me fâche. Pis là, évidemment, on m’a trouvée ben méchante!

Elle ramasse le livre ouvert qui traîne sur la table et lit tout haut:
«On reconnaît les sorcières qui pratiquent la magie noire de par leur apparence horrible et leur mauvais caractère…»

Elle lève la tête.

Des bêtises ! Prospero est pas un Adonis, lui !

Elle reprend son va-et-vient.

Et Caliban, lui ? Comme si y était supposé se réjouir que Prospero lui prenne toutte son héritage.  Peut-êt’ ben que Prospero l’a protégé par la suite — mais qui a soigné Prospero quand il a abordé sur cette île, hein ? Cet homme-là n’aurait pas duré longtemps sans l’aide de mon fils. C’est vrai que Caliban a été pas mal lèche-bottes par rapport à Prospero. Pas surprenant, quand on y pense. Le p’tit était tout seul au monde, après ma mort. Y avait besoin qu’on l’aime, comme n’importe qui. Mais alors, y s’attendait pas à se qu’on le traite comme un mauvais esclave ! Prospero, une influence civilisatrice ? Selon qui, exactement ? Caliban parlait avant qu’arrive Môssieur le Duc ! Y parlait pas d’la même façon, c’est tout.  C’est pour son propre intérêt que Prospéro a montré à Caliban comment parler comme lui !

C’est vrai que Caliban a eu l’malheur de tripoter la p’tite Miranda.  Et je ne la blâme pas de s’y être objectée.  Même si Caliban est mon fils, j’vois ben qu’y est laid. C’est pas d’sa faute si y est laid mais c’est un fait. Son père tout craché.  Je n’ai pas voulu du p’tit, mais j’n’ai pas pu m’en débarrasser avant qu’y naisse. J’ai fini par le prendre en pitié. C’est fait, c’est fait. Mais comme Miranda, j’voudrais pas d’un homme comme lui, si j’en avais l’choix.

Et pis quand on veut pas se faire tripoter, on veut pas ! J’en sais quelque chose.  Dégueulôs, le père de Caliban :  quel démon ! Plus sorcier que je l’étais :  y avait deux fois mon âge et possédait deux fois plus de pouvoirs que moi. Y m’a fait boire une potion. Quand j’me suis réveillée, j’ai bien constaté ce qui s’était passé.  Résultat : Caliban !

Elle s’arrête et se croise les bras.

Évidemment, là encore, on a dit que c’était toute de ma faute. Quand j’avais l’âge de Miranda, on m’trouvait belle. Quand on m’en faisait la remarque, j’savais jamais si c’était un compliment ou une malédiction. On m’a accusée d’être une « séductrice ! » Ben sûr. Ah, mais fallait voir : la moitié des gars qui m’accusaient d’les séduire était laids comme des poux ! Y compris le père de Caliban ! Je n’les aurais pas approchés pour tout l’or du monde en avoir pu décider autrement. Ça les choquait encore plus, quand j’leur disais ça en pleine face! C’est une des raisons pour laquelle j’me suis retrouvée ici.

Elle secoue la tête à nouveau.

La p’tite Miranda, elle me fait pitié. Autant qu’mon fils, ou presque. Pauvre innocente ! Ça lui passe même pas par l’esprit qu’elle aurait le droit de gouverner autant qu’son père ! C’est sûr que Prospero ne l’a pas habituée à  penser toute seule. Ça paraît !

Elle choisit un livre de l’étagère et lit le titre tout haut:
«Sortilèges assortis pour assurer le pouvoir absolu…»  On dirait qu’elle a jamais lu ça, la Miranda !  La pauvre… elle ne sait vraiment pas ce qui l’attend. Son beau Ferdinand a l’air ben l’fun  au premier abord, mais attendons cinq ans ! Y va courir la galipote, une fois que Miranda aura eu ses enfants. La reine Miranda s’ra pognée à tisser des belles tapisseries dans son château, en attendant. Au moins, alle aura un château. J’ai pas eu cette chance-là, quand on m’a plantée ici.

Ah, le grand amour. J’connais ça, pourtant. Moi aussi, j’ai cru au conte de fée, au grand amour. J’ai aimé le plus beau sorcier qu’on ait jamais vu !  Ah, mon beau Romanex… J’étais prête à faire n’importe quoi pour lui, au début. C’que je n’comprenais pas dans l’temps, c’est à quel point je le faisait choquer en voulant vaquer à mes affaires à moi. Lui, y pensait que j’voudrais tout naturellement m’occuper de SES besoins; de SES sortilèges; de SES mauvais sorts. J’aurais pas eu l’temps de m’occuper de mes propres clientes, avec tout ça. J’aurais pas eu l’temps de sauver ma ville natale durant la guerre, non plus.  C’est pour ça qu’on m’a épargnée, au lieu de m’brûler au bûcher.

Les gens ont eu peur de moi, de ma magie. C’est pourtant ma magie qui les a sauvés! J’avais étudié pendant 10 ans: la magie de A à Z. «Va étudier, qu’on me disait.  Tu auras un meilleur avenir.» Alors j’ai étudié les plantes, les maladies, la météorologie, les sortilèges, les incantations classiques, TOUT!  J’aurais pu commander tout un continent!

Le grand amour n’a pas duré longtemps avec mon beau Romanex.  J’me prenais pour une autre, qu’y disait. À son avis, je me devais de contribuer à sa gloire personnelle, pas à la mienne ! Y m’a trouvée désagréable, tête de pioche, difficile de caractère et tout et tout. Y est allé le chanter sur tous les toits.  Sauf que ça n’a pas tourné comme y pensait. Une fois qu’on a su qu’y avait d’la chicane entre nous deux, tous les sorciers ont commencé à me courir après. On me prenait pour un gibier ambulant !

Romanex n’a pas tardé à s’retourner cont’ moi. Y n’a pas cru que je n’voulais pas de ce démon de Dégueulôs ! Y était pas l’seul. On disait partout que j’dirais n’importe quoi, que j’détruirais n’importe qui pour avoir l’air plus fine que les autres… On est allé jusqu’à dire que pas un sorcier ne voulait d’moi, vraiment, parce que j’avais mauvais caractère —  que c’était moi qui avais séduit Dégeulôs, pour lui voler ses pouvoirs ! J’excitais la jalousie : des p’tits sorciers répandaient des colportages à mon sujet. Chaque fois qu’y faisaient des mauvais coups, c’était moi qui en était blâmée ! Quand on m’a dénoncée, Romanex a été l’premier à liguer la ville cont’ moi. Et moi qui lui avait tant fait confiance!

Elle soupire avec mélancolie, amertume.

On m’a exilée ici, au milieu d’nulle part. Au début, y avait rien autour de moi. C’était presqu’un désert, avec deux ou trois arbres ratatinés. J’ai cultivé des belles forêts, endigué trois grands lacs, libéré cinq rivières. J’ai ensemencé les terres de toutes les fleurs du monde, grâce à mes micro-climats, selon une formule secrète ! J’ai développé des douzaines variétés de perroquets, une poignée d’espèces de singes,  plusieurs familles de cervidés, de genres de chats sauvages, cinq espèces de marsupiaux… Et bien d’autres.  C’était pas facile. J’ai employé tous mes pouvoirs au maximum. Y a fallu que j’me repose souvent.

Avec tout ce travail, voilà que Prospero est allé faire couper des arbres pour se loger et se chauffer. On peut-ti ben m’dire pourquoi y pouvait pas vivre dans une belle caverne, comme moi ? Ou se servir des pierres au lieu des billots ? Depuis quand est-ce qu’un magicien – un VRAI magicien – a besoin du bois pour son feu ? C’est MON bois, après tout.

Elle prend quelques livres de plus sur la table et les chaises et les ajoute à l’étagère:

Pourquoi pas brûler sa paperasse, tant qu’à faire ? Moi, j’avais tout mémorisé mes incantations, à l’âge de Prospero, au lieu de tout laisser traîner comme ça !

Ariel est pas mieux, avec ses airs de Sainte Nitouche ! Hypocrite. Y était donc snob, dans l’temps. Y voulait pas être à mon service. Y me faisait un nez. Y parlait constamment des grands magiciens d’antan qui l’avaient eu à leur service: le roi-mage, Balthazar; ou encore le grand Simon. Ben, pardon ! Pourquoi pas «la grande Sycorax, celle qui a sauvé sa ville ?» Ah, mais on m’a ben oubliée. Ou presque. Dans les encyclopédies, je suis la «mère de Caliban.» Pardon : j’ai fait aut’ chose qu’une oeuvre de procréation ! Sauf que j’étais pas duc de Milan, moi. J’étais juste une sorcière, avec un p’tit aux couches.

À part ça, Ariel trouvait que je n’faisait pas bien ma job. Y voulait me prendre mon île. J’étais pas dupe. Y était toujours en train d’me critiquer.

Elle imite une voix de jeune homme:
«Les rivières vont pas dans la bonne direction. Les fleurs sont mal assorties. Y devrait pleuvoir moins souvent. Y fait trop chaud.»

Reprenant sa voix:
J’en ai eu assez, surtout quand Ariel s’est mis à changer l’climat sans avertir personne. Y a tué des écureuils, des orchidées, toutes sortes de buissons. Ça m’a pris des mois à tout réparer. Y a fallu que je l’enferme pour de bon.  Prospero pouvait bien trouver que son protégé faisait pitié.  C’est vrai : j’ai enfermé Ariel dans un tronc d’arbre.  Pas confortable — mais essayez-donc d’enfermer un esprit, hein ? Y a pas d’autre solution !

C’était pas tout.  Ariel aimait pas la face de Caliban, qui était trop laid pour Môssieur ! Y a don’ méprisé mon enfant.  Caliban a développé des complexes à cause de ça.  J’aurais dû m’débarrasser d’Ariel beaucoup plus tôt. J’essayais d’y dire, à Caliban: «Voyons donc, mon chou. Ariel n’est pas meilleur que toi. Pleure pas à cause de lui !» Mais je ne l’ai pas convaincu. Quand Prospero est arrivé, il a traité Caliban comme du monde au début.  Caliban était tellement reconnaissant qu’on soit gentil avec lui, y était prêt à faire n’importe quoi. J’comprends ça. Oui, ça faisait pitié.

J’ai jamais pu l’aider, mon Caliban.  J’ai tout essayé pour lui refaire une beauté: les potions, les incantations, les lotions, les lavements, les herbes. Pauvre gars. Y se sentait ben pire par la suite, quand les traitements n’avaient pas réussis.

Quand j’pense aux réactions d’Ariel à tous mes traitements… Y trouvait ça drôle ! Son attitude avec mon fils aurait suffit comme prétexte pour l’enfermer.

Ah, non: j’regrette pas d’avoir mis Ariel à sa place. Tout c’que j’regrette maintenant, c’est d’être invisible. C’est platte d’être juste un fantôme.  Ah, si seulement Caliban, au moins, me voyait. On pourrait tout changer !  Je sais ce que j’ferais si j’avais mes pouvoirs ! Moi, j’leur déclencherais une VRAIE tempête ! Un ouragan !  Avec d’la grêle ou, tiens : du verglas ! Bye, bye, la compagnie !

Elle sort en hochant la tête.

LA FIN

 (c) 1998 Dominique Millette

* The Awakening of Sycorax *
Dominique Millette
(c) 1998, English translation (c) 2004

Produced by the Great Canadian Theatre Company as part of 10 x 10, an event co-sponsored by the National Arts Centre of Canada and featuring ten playwrights, performed on April 5th, 1998. Translated into English in 2004, with modifications in 2011. There are slight differences between the French and English versions.
 
————————————————————————

Sycorax is a witch, deceased mother of Caliban and once mistress of the island upon which was shipwrecked Prospero, Duke of Milan, in  William Shakespeare’s The Tempest. The Duke invokes a storm, the noise of which has caused the appearance of the ghost of Sycorax.
 
The setting is a clearing where we see a rustic table, a few chairs and a primitive shelf, all of which are overflowing with books. One of the books is open on the table. 

Sycorax enters, her clothes in rags and covered with moss, small branches and dead leaves. She bobs and weaves a bit. She is walking with the aid of a stick, a long gnarled branch which she will use throughout the monologue. She looks around her and sighs loudly.

That was all I needed: a storm bad enough to wake the dead. And I was sleeping like a baby not so long ago.

With everything I see around here, I’d much rather go back and lie down in my coffin.

She shakes her fist.

The insults Prospero’s been slinging at me!  «With age and envy grown into a hoop», eh? At my age, I had a perfect right to a few wrinkles! They gave me some character. «The foul witch Sycorax»? Thanks a lot. As if this Prospero didn’t lord it over everybody himself, especially my poor kid Caliban! (She imitates a man’s voice): «Hag-seed, hence! Fetch us in fuel – and be quick… If thou neglect’st, or dost unwillingly what I command, I’ll rack thee with old cramps!»

She glances around her and pulls a face at the books all over the table, the chairs and the ground. She stoops, picks up a few of them and puts them away neatly on the shelf, while continuing her monologue.

On top of everything else, he’s been leaving his books lying around ever since he got here. That really pisses me off. No respect! When I was running things, it was clean around here. Is it my fault or Caliban’s if the wind brought Mister Fancy-Pants-Duke-of-Milan over here? The guy takes over the place. He wants his daughter to be queen of Naples, he wants to get revenge on his brother for stealing his duchy and he uses Ariel – a spirit I conjured up first –like some kind of magic mop to do everything for him… And after all that, I’m the jerk?

She straightens herself up then leans on her stick.

I figure it’s about time I told my story. The real deal! But nobody can hear me. And I’m invisible.

I guess people can say anything they want now. My powers sure aren’t what they used to be. But man, I was a somebody, back in the day!

Sycorax paces back and forth.

Suffering Setebos! What have they done to my island? It was MINE. Caliban, you foolish boy, you were had. Prospero really pulled a number on you.

She stops and puts her hand on her hip.

And Prospero complains my son has a bad character. Of course, this is all my fault. I was a terrible mother. I brought him up all wrong. And his dad? Nobody mentions him. You think it was easy being a single mom and a witch? I had to change the diapers while I was controlling the moon and tides. The spirits I ordered around wouldn’t take me
seriously. I had to get mad and put my foot down. So then, of course, I was the Devil’s whore.

She picks up an open book that’s lying on the table and reads aloud from it: «You can always recognize witches practicing black magic by their horrid appearance and evil disposition…»

Prospero’s not exactly Adonis, is he? Never mind his personality.

She resumes pacing back and forth.

And what about Caliban? Was he supposed to be happy Prospero took his inheritance? Prospero might have protected him some – but who took care of Mister Duke of Milan when he got shipwrecked over here, eh? The guy wouldn’t have lasted too long without my son’s help. Maybe Caliban shouldn’t have befriended Prospero, but the kid was all alone in the world after I died. He needed love, just like anybody would! He didn’t expect to get treated like a slave. Prospero might talk on and on about how he supposedly civilized my son, but Caliban could speak before Mister the Big Duke showed up. He just didn’t speak the same way, that’s all. «Thou wouldst gabble like a thing most brutish», my ass! Prospero forced Caliban to talk like him just to use him.

True, Caliban was enough of a jerk to try to grab that little Miranda. And I don’t blame her for objecting to that. Even if he’s my son, I can see he doesn’t appeal to most women.  He looks exactly like his dad.

Caliban’s dad wasn’t only disgusting. He was twice as powerful as I was and twice my age. He gave me a potion and when I woke up, I could see what had happened. That’s how I ended up with Caliban.

She stops and crosses her arms.

Of course, everybody said that was all my fault too. When I was Miranda’s age, people said I was beautiful. I never knew if it was supposed to be a compliment or a curse. I was accused of seducing every man who came my way. Sure. Half the guys accusing me of trying to seduce them were regular gargoyles! Especially Caliban’s dad. I wouldn’t have approached them for all the money in the world if I could have decided otherwise. Of course, it would piss them off twice as much when I told them that to their faces. Which is one of the reasons I ended up in exile over here.

That Miranda kid is pathetic, almost as much as my son. Poor little babe in the woods: it doesn’t even enter her pretty little head that she might have the right to rule as much as her father does. Of course, Prospero didn’t exactly get her used to thinking for herself. You can tell.

She takes a book out of the shelf and reads the title out loud:
«Assorted spells to ensure absolute power… » Looks like Miranda never read any of those. Poor kid. She has no idea what she’s really in for. Her good-looking Ferdinand looks like a lot of fun on first impression, but just wait about five years. He’ll start running around, once Miranda will have had his kids. Queen Miranda’s going to end up weaving all these nice tapestries in her castle, waiting for the king to come home to a cold pheasant dinner.

At least she’ll have a castle. I wasn’t so lucky when I got stuck over here.

Love, love, love. It isn’t like I haven’t been there. I bought into the whole fairy tale, hook, line and sinker. I fell in love with the best-looking male witch anyone ever saw: Romanex…

I would have done anything for him, at first. What I really didn’t understand at the time was how much I upset him when I wanted to do my own thing. He just took it for granted that I would want to take care of HIS needs, HIS spells, and HIS curses. I never would have had any time to take care of my own clientele. I wouldn’t have had the time to save my native town during the war, either. That’s the only reason I was left alive instead of getting burned at the stake.

People got scared of me and my magic. It figures. My magic was exactly what saved them in the first place.I’d studied for ten years: magic from A to Z! «Get an education», people said to me. «You’ll have a better future.» So I studied plants, diseases, meteorology, spells, classic incantations, the whole enchilada! I could have controlled an entire continent.

My great love affair  didn’t last long with Romanex. I was putting on airs, getting too full of myself, he said. According to him, my job was to contribute to his personal glory, not mine. Turns out he’d chosen me because he wanted to use my abilities as much as use me like some kind of decoration. So: when I neglected to improve his career, he suddenly decided I was pigheaded, disagreeable, difficult, etcetera, etcetera, etcetera.Then he went and told everyone else what he thought of me.

Things didn’t quite turn out the way he’d thought they would. Once everyone knew the two of us were fighting, all the male witches started chasing me around. I felt like a walking target.

Romanex turned on me right away. He didn’t believe me when I told him I didn’t want Caliban’s dad. He wasn’t the only one. Everyone said I would say anything and destroy anyone just to look better than other people… They even said none of the male witches would really want me because I was such a pain in the ass, and that I was the one who seduced Caliban’s dad so I could steal his powers.

Things went from bad to worse. Little witches gossiped constantly about me. Everytime they did something wrong, it was all my fault. When the people in my home town denounced me, Romanex was the first to encourage them. I’d trusted him so much – all for nothing. So much for love.

She sighs.

I was exiled here, in the middle of nowhere. At first, there was nothing around me. It was practically a desert, with two or three shriveled up trees.

Icultivated some beautiful forests, dug three big lakes, created five rivers. I planted every flower in the world here, thanks to my secret formula micro-climates. I created dozens of species of parrots, a handful of different types of monkeys, several families of deer and wild cats, five branches of marsupials. It was tough going. I used up all my powers at maximum intensity. I had to rest often.

With all that work I did, Prospero waltzes in here and chops down some trees to build a house and make a fire. Why can’t that guy just live in a nice cave, like I did? Why can’t he use rocks instead of all that wood for his house? Since when does a magician – a REAL magician– need any wood for his fire? It’s MY wood, too.

She takes a few more books from the table and chairs and adds them to the shelf.

Maybe I should just burn all of his paperwork. At his age, I’d memorized all of MY incantations, instead of letting everything lie around like that.

Ariel isn’t much better, with his holier-than-thou act. That little hypocrite. He was such a pissy snob back then. He didn’t want to take any orders from the likes of me. Thumbed his nose at me! He was constantly talking about the great magicians of yore who’d had him at their service: the Wise Man Balthazar, or the Great Simon. Why not «the Great Sycorax, who saved her home town»? Of course, I’ve been forgotten.

Almost. In most encyclopedias, I’m known as «the mother of Caliban.» As if the only thing I ever did was pop a kid out into the world. Then again, I wasn’t the Duke of Milan, was I? I was just a witch, with a baby in diapers in tow.

On top of everything else, Ariel thought I wasn’t doing my job right. He wanted my island. I wasn’t stupid. He was always ready to criticize:

She imitates the voice of a young man:
«The rivers aren’t flowing in the right direction. The flowers don’t match. It shouldn’t rain so much all thetime. It’s too hot around here.»

Speaking in her own voice:
I got fed up, especially when Ariel started changing the weather without warning people. He killed my squirrels, some orchids and all kinds of bushes. It took me months to fix everything. I had to lock him up for good. I’m not surprised if Prospero thought his little protege was a pathetic sight. Yes, I did lock Ariel up in a tree. Not very comfortable, I admit : but just try and lock up a spirit otherwise, eh? There’s just no otherway to do it.

That’s not the only thing. Ariel didn’t like Caliban,who was just too butt-ugly for Mister Spirit Of the Air. He really bullied my kid, just because he was different. Caliban developped an inferiority complex because of him. I should have gotten rid of Ariel a lot sooner. I tried to tell Caliban: «Come on, honey. Ariel isn’t better than you. Don’t cry because of him!» But I didn’t manage to convince him. By the time Prospero got here, he treated Caliban with a little respect at first.  Caliban was so grateful that someone was being nice to him, he was ready to do just about anything. I can understand that. It was just a real shame.

I never could help Caliban. I tried everything to make him look better: potions, incantations, lotions, enemas, herbs, a better wardrobe. Poor kid. His dad’s ugliness was really makeover-resistant. He would feel even worse afterwards, when the treatments didn’t work. I only realized too late that I should have accepted him the way the was and never tried to change a thing.

When I think of Ariel’s reactions to all my efforts… He thought it was a riot!  His attitude toward my son alone would have been enough to justify what I did to that miserable little spirit-head.

No, I certainly don’t regret having put Ariel in his place. The only thing I regret now is that I’m invisible. It’s a real drag being just a ghost. If only Caliban could see me, at least. We could change everything!

Wait a minute… (looks around her) Maybe there’s something in one of these books I can use. You never know. Even if I do think Prospero’s only half the magician I was. There might have been some innovations in the field since I’ve been gon

(She scans the covers of various books rapidly andavidly, then pauses in triumph)

Aha! (reads)
«Tempests for Dead Dummies: the conjuring of freezing rain storms by the dead, undead, novices and various spirits who do not take human form.»

Perfect! Now they’re going to see what a REAL stormlooks like.

She strikes the floor with her staff as the sound of thunder is heard and a flash of lightning appears in the background.

THE END

Publicité
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s